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Revenus hagards des glaces du terrible hiver russe, les survivants de la défunte Grande Armée agonisaient dans les villages de Prusse-Orientale et de Pologne, tandis que 120 000 autres croupissaient prisonniers dans les mains du Tsar Alexandre 1er. C’était une armée à reconstruire qui n’avait plus qu’un semblant d’organisation tant la défaite avait été totale en Russie. L’armée du général Koutouzov n’était pas dans un meilleur état et la saignée des régiments des deux puissances était dramatique et indescriptible. Malgré la prudence et le conseil de Koutouzov qui conseillait d’en rester là et de ne pas poursuivre la guerre au-delà des frontières de la Russie, Alexandre avait pris la décision de continuer la guerre. Il se voyait déjà en libérateur de l’Europe.
Cette poursuite de l’offensive s’avéra vite une cruelle utopie lorsque les froids terribles du mois de décembre 1812 et du début de 1813 achevèrent de décimer indifféremment les troupes impériales et russes. Moins de 30 000 hommes des 90 000 que comptait l’armée de Koutouzov à la mi-octobre atteignirent le Niémen. Ayant perdu environ 350 000 hommes pour une perte de 450 000 à la Grande Armée, les Russes ne pouvaient espérer vaincre sans des alliés qui furent vite trouvés dans ces Prussiens humiliés en 1806 par Napoléon à Iéna et Auerstaedt. La Prusse avait hâte d’en découdre, depuis déjà plusieurs années les généreux Gneisenau, Scharnhorst et Blücher préparaient la revanche.
En 1812 ayant mollement poussé un corps dans les Pays-baltes, la Prusse avait regardé avec un certain plaisir la déconfiture de l’armée de Napoléon. En signant une convention avec les Russes et en autorisant le maréchal Macdonald à se replier sans dommage, la Prusse ralliait ainsi sa vieille alliée pour prendre sa revanche. C’est donc une nouvelle coalition qui se forme contre la France de Napoléon par ailleurs sévèrement en difficulté également en Espagne. Ce dernier réalise toutefois le tour de force de mobiliser une armée de jeunes conscrits sans expérience qui arrivant de toutes les parties de l’Empire vinrent remplacer les vieux grognards ayant laissés leurs os en Russie. Le 30 avril 1813, la bataille de Weissenfels fut le premier acte de cette nouvelle campagne, marquée par l’impossibilité de Napoléon d’exploiter ses succès.
Elle s’ouvre par un mouvement convergent des troupes belligérantes. L’Empereur est en Saxe, il a dû lâcher prise en Pologne et de nombreuses garnisons françaises sont déjà assiégées par les coalisés, notamment à Königsberg ou à Stettin. L’Empereur doit faire vite et à son habitude, il prend l’offensive dans les derniers jours d’avril. Les jeunes conscrits connaissent le baptême du feu à Weissenfels conduit par le maréchal Ney. C’est un combat victorieux mais qui résume bien toute la campagne : il n’a plus suffisamment de cavaliers pour exploiter ses succès tandis que les Russes et les Prussiens alignent une splendide cavalerie. Incapable d’exploiter ses victoires, ayant perdu trop de bons cavaliers et des dizaines de milliers de chevaux en Russie, Napoléon est dès lors condamné à la défaite finale.
Pour l’heure, les débuts de la campagne de Saxe sont prometteurs, le vieux Koutouzov, la voix de la sagesse décède le 28 avril 1813. Malgré ses faiblesses, le général « prudence» ne pouvait être que regretté et dû être remplacé par le Prince Wittgenstein. Ce général courageux n’avait cependant pas les qualités ni d’un Koutouzov, ni d’un Bagration et encore moins d’un Barclay de Tolly. Pourtant il réussit à prendre en défaut Napoléon le 2 mai 1813 à Lützen. L’Empereur était alors en marche vers Leipzig pour tendre la main au Prince Eugène. Wittgenstein l’attaqua résolument et se heurta aux troupes du héros de la campagne de Russie, le brave des braves,le maréchal Ney. Pour forcer la ligne française il devait s’emparer de quatre villages.
Malgré les attaques acharnées des Prussiens puis des Russes, les villages partiellement emportés résistèrent. L’Empereur Napoléon eut le temps de rallier son armée alors en marche. Au fur-et-mesure les renforts arrivèrent. 78 000 Français en échelon affrontaient 56 000 Russes et 37 000 Prussiens. L’héroïsme des conscrits français puis l’arrivée de la fameuse Garde de Napoléon fit pencher la balance malgré les pertes très lourdes des deux côtés : 2 700 Français sont tués et environ 16 000 blessés tandis que les coalisés laissent plus de 15 000 tués et blessés sur le champ de bataille qu’ils évacuent. Ils sont vaincus. La nuit met fin aux combats et à la poursuite d’ailleurs rendue impossible par la trop forte supériorité de celle des coalisés. Sur le champ de bataille est relevé blessé Scharnhorst l’âme de la renaissance de l’armée prussienne. Il décédera de ses blessures quelques semaines plus tard.
En Russie, à l’instar de Borodino, la victoire est annoncée pour ne pas entamer le moral des soldats et des deux nations. Le Tsar récompensa même généreusement le général Wittgenstein. En France, la victoire de Lützen démontra que le stratège Napoléon était bien vivant. En ralliant Eugène et en atteignant Leipzig, Berlin la capitale des Prussiens était directement menacée. Un espoir subsistait d’une victoire décisive amenant une paix des braves et un statu quo. Mais malgré le remplacement des matériels et des hommes par un coup de force de Napoléon qui avait pu mobiliser toutes ses ressources et son trésor, il ne pouvait ressusciter sa cavalerie. Cette incomplète victoire ne devait finalement conduire que vers d’autres succès imparfaits, tandis qu’en Autriche et en Suède, l’idée de rejoindre la coalition faisait son chemin, poussée par le véritablement ennemi de la France : l’Angleterre.
Lire sur la voix de la Russie : http://french.ruvr.ru/2013_05_01/Bicentenaire-de-la-campagne-de-Saxe-1813-2013/
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Chiron