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17.02.2013, 15:07, heure de Moscou
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Photo : EPA
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Venue en Italie pour se perfectionner, cette ancienne étudiante de l’Académie russe de peinture, de sculpture et d’architecture est rapidement devenue une portraitiste internationalement reconnue, réalisant des commandes pour des maisons royales, des aristocrates, des hommes d’états et des cardinaux. Et un jour, le Vatican a remarqué Natalia.
Natalia raconte à La Voix de la Russie sa rencontre avec le Pape Jean-Paul II.
La Voix de la Russie : Vous êtes devenue la portraitiste officielle du Vatican. Comment expliquez-vous ce choix du Saint-Siège ?
Natalia Tsarkova : Cela ne s’est pas passé sans intervention divine. Je suis arrivée en Italie avec une exposition de trois mois et Rome a tout fait pour que je ne reparte pas. J’ai commencé à travailler avec des aristocrates. Dans le même temps, le Pape n’avait pas de portraitiste officiel, bien qu’il fût sur le Saint-Siège depuis déjà 22 ans. On m’a fait une commande, j’ai peint un portrait qui a dépassé toutes les attentes et a été consacré portrait officiel.
Je me suis formée à l’école de Raphael, de Michelangelo, de Bernini, dont les chefs-d’œuvre m’ont servi d’exemples depuis l’enfance. Ces artistes sont devenus mondialement célèbres précisément grâce à leur travail pour le Pape de Rome. C’est un grand honneur et une grande responsabilité de poursuivre la tradition de ces grands maitres. Il y a peu, à Rome et à Washington, une exposition des portraits des Papes depuis 500 ans a été organisée, de Jules II par Raphael, en passant pas les œuvres de Vélasquez, de Bernini mais aussi deux de mes portraits, celui du Pape Jean-Paul I et Jean-Paul II. J’étais la seule artiste vivante de l’exposition. Mes deux toiles ont été jugées dignes de figurer parmi les cinq meilleures pièces de l’exposition.
LVdlR : Cela ne gène pas le Vatican que vous soyez Orthodoxe ?
N.T. : Absolument pas. Nous sommes tous unis par la foi dans le Christ. Nous sommes moins différents qu’on pourrait le croire. Je me sens très utile. Ici, je suis reconnue et mon travail est considéré avec respect.
LVdlR : Comment s’est déroulé le travail sur le portrait de Jean-Paul II ? Le Pape n’est pas un modèle ordinaire, il se démarque de tous les autres ?
N.T. : Quand j’ai reçu la proposition officielle de peindre le portrait de Jean-Paul II, j’ai d’abord eu très peur. Ce monde était encore tout nouveau pour moi. J’ai commencé à étudier les œuvres du Pape, sa vie, à faire des croquis lors des audiences pontificales, pour comprendre le personnage. J’ai ensuite découvert comment devait être peint un Pape. Il est debout, comme courbé sous le poids de la souffrance du peuple, s’appuyant sur sa crosse et regardant au loin plein d’amour et d’espoir. La toile renferme un petit secret. Quand le Pape l’a remarqué, il a tressailli. La Vierge Marie est représenté sur la crosse. C’est en fait le troisième «Mystère de Fatima». Au début du XIXe siècle, elle a révélé trois mystères aux enfants. Le troisième mystère de Fatima est que l’homme en blanc, c'est-à-dire le Pape, périra. Jean-Paul II y a vu la tentative d’attentat dont il a été victime dans le passé.
Natalia a réalisé trois portraits à l’huile du Pape. Le premier, exécuté pour le 80e anniversaire du Souverain Pontife est désormais exposé au musée du Vatican, où se trouve aussi le portrait du Pape Jean-Paul I. Le deuxième portrait a été commandé par le centre culturel Jean-Paul II de Washington et le troisième offert par le Cardinal Stanislav Dziwisz à la Basilique Santa Maria Del Popolo, dont il est l’archiprêtre.
LVdlR : Comment a réagi le Souverain Pontife aux premiers fruits de votre « collaboration » ?
N.T. : J’ai eu l’honneur de pouvoir présenter ce portrait à l’occasion d’une audience privée avec le Pape. Le portrait lui a énormément plus. Il m’a dit en russe : « Tu es russe ? Vive l’art russe ! Continue dans cette voie ! ».
LVdlR : Vous avez aussi eu la chance de travailler avec le pape Benoît XVI, qui vient de choquer le monde entier avec sa déclaration inattendue. Personnellement, vous attendiez-vous à une telle décision du Saint-Père ?
N.T. : Je ne m’y attendais pas du tout, j’ai été bouleversée. Certaines personnes n’ont pas cru ce qu’il se passait. Pour ma part, j’y ai cru et je n’ai même pas été surprise. Il est possible que je sois hypersensible, mais j’ai ressenti une atmosphère très tendue. J’ai été très heureuse de travailler avec Benoît XVI, c’est une personnalité très forte, un homme profondément spirituel, doté d’une foi immense et d’un grand sens des responsabilités. Je pense que c’est précisément ce sens des responsabilités qui l’a poussé à franchir ce pas sans précédent historique, si on ne tient pas compte des trois cas qui n’ont rien à voir avec notre époque.
LVdlR : Vous êtes la première femme à avoir peint une version de la Cène. Pourquoi en Italie appelle-t-on cette toile La Cène du troisième millénaire?
N.T. : C’est une Cène du troisième millénaire car la composition de la toile n’est pas habituelle. J’ai abordé la Cène par un autre angle, le Christ est tourné et nous regarde. Je pense que désormais, le Christ ne peut plus regarder le ciel, comme dans les représentations du passées ou le pain, comme dans la Cène de Léonardo de Vinci. Il doit regarder chacun d’entre-nous, comme s’il disait « Que faites vous, arrêtez-vous !». La toile a été exposée à Rome pour Pâques, ensuite elle est partie pour Milan, maintenant elle doit aller à New-York et Moscou. C’est mon rêve. La Foi dans le Christ unit les hommes et les continents.
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Chiron