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A Bobigny, devant l'ancienne gare d'où furent déportés plus de vingt mille juifs, le patron de la SNCF a reconnu la responsabilité de la compagnie.
Embarquement en 1942 de juifs, dans des wagons de marchandises, au camp de Drancy, pour être déportés vers les camps de concentration allemands. (© AFP photo AFP)
«En entendant les trains passer derrière la gare pendant le discours, mon sang s'est glacé», confie toute émue Lucienne Cukierman devant l'ancienne gare de Bobigny. En ce mardi matin gris, comme des dizaines d'enfants de déportés et de victimes de la Shoah, elle a fait le chemin jusqu'à ce lieu oublié de la grande ceinture parisienne pour écouter les mots de repentance du patron de la SNCF.
Devant un parterre de caméras, Guillaume Pepy, le patron de la SNCF, cède à la ville de Bobigny le terrain de la gare d'où furent acheminés vers la mort plus de vingt mille juifs en 1943 et 1944. Un geste de mémoire très attendu, une façon aussi de reconnaître les responsabilités de la compagnie ferroviaire. Simone Veil à ses côtés, Pepy a ainsi reconnu que «La SNCF de l'époque, réquisitionnée, a pris part à cette mécanique de l'inhumain».
Le président de la SNCF appuie sur les mots: «Contrainte, certes, notre entreprise a acheminé ces trains jusqu'à la frontière. Elle l'a fait.» Dans la salle où se tassent victimes de la Shoah, associations de déportés et élus, on retient son souffle lorsqu'un train de fret passe au loin.
Les mots de Pepy sont pesés: la SNCF «de l'époque» a été «contrainte, réquisitionnée» par l'occupant, dit-il. Elle n'en a pas moins été «un rouage de la machine nazie d'extermination», reconnait-il. Avant de reprendre à son compte les mots de Jacques Chirac prononcés en 1995, lors des commémorations de la Rafle du Vel' d'Hiv': «Ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'Etat français». Minute de silence, les flashs crépitent.
«La SNCF n'a pas essayé de cacher les zones d'ombre de son histoire, nous sommes satisfaits», confie Jacques Celiset, président de l'association Fonds Mémoire d'Auschwitz: «Le combat que nous menons depuis plus de quinze ans trouve enfin une concrétisation». Il s'avoue impatient de voir la halle, lieu de départ des convois, se transformer en espace de mémoire. «Oui, mais ça doit rester sobre», souhaite pour sa part un fils de déporté.
Denis Campanel, 70 ans, avait quatre ans lorsque son père a été déporté par le convoi 73. Il raconte: «avant de ne jamais revenir, par les lucarnes grillagées du wagon, mon père a jeté des petits mots pour sa famille. C'est un cheminot qui les a recueillis et envoyés à notre adresse, je n'oublierai jamais ce geste...»
Plus tôt dans la matinée, Guillaume Pepy avait tenu à rendre hommage aux deux mille cheminots fusillés ou morts en déportation, pour leur résistance à l'occupation, «l'honneur de l'entreprise et de la France», selon ses mots.
Alors que le président de la SNCF quitte les lieux, Ginette Cajfinger, discute avec d'autres fils et filles de déportés: «Moi j'estime que la SNCF n'a pas été que contrainte, elle a collaboré, il y a toujours la possibilité de désobéir».
Un peu en retrait, l'écrivain et avocat Serge Klarsfeld fixe du regard les rails qui acheminèrent son père dans les camps: «Il faut que beaucoup de jeunes viennent ici et se rendent compte, et qu'on n'oublie pas», dit-il.
Lire sur : http://www.liberation.fr/societe/01012315839-la-sncf-rouage-de-la-machine-nazie-d-extermination
Et aussi curieusement ma petite info concernant les transports en communs de nos jours ici sur ce blog : http://chiron.over-blog.org/article-transports-en-communs-et-convoits-de-deportation-65593366.html
Chiron