Les intentions de vote exprimées par le public au cours d'une campagne électorale font partie dans les enquêtes de l'Ifop d'une série de questions relatives à l'actualité politique. Il ne s'agit donc pas d'une réponse donnée par les personnes interrogées à une question isolée, mais d’un ensemble de prises de position et d'attitudes générales à l'intérieur desquelles s'insère la décision qui sera prise le jour du scrutin.
Dans une large mesure, il serait possible de déceler les tendances qu'exprimeront les résultats d'une élection à partir de l'analyse de ces seules attitudes d'ensemble.
En particulier, le fléchissement enregistré dans le niveau de popularité du général De Gaulle, pendant les semaines qui ont précédé le premier tour de l'élection, a été un indice très net
qu'un changement se produisait dans l'opinion.
Le tableau suivant, illustré par le graphique 1, exprime ce changement. Après la fin de la guerre d'Algérie, la courbe de popularité du général De Gaulle était tombée à son niveau le plus bas à l'automne 1963, après une longue grève des mineurs, qui avait mis en relief le mécontentement de certains groupes sociaux à l'égard de leur situation économique. A ce moment-là, en effet, et en réponse à la question : « Êtes-vous satisfait ou mécontent du général De Gaulle comme président de la République? », le nombre des mécontents était presque aussi élevé que celui des satisfaits.
Puis une remontée, lente mais continue, avait marqué les années 1964 et 1965. Avant l'ouverture de la campagne électorale en septembre et octobre 1965, la courbe continuait à s'élever, sans atteindre toutefois le niveau connu pendant la guerre d'Algérie.
L'annonce de la candidature du général tarde à venir et la première quinzaine de novembre est marquée par une brusque chute, qui se poursuit dans la quinzaine suivante précédant l'élection. Dans le même temps, les positions s'affirment et la proportion des indécis est la plus basse qui ait été enregistrée depuis longtemps. La situation se noue au moment où l'approche des élections cristallise les opinions.