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13.03.2013, 21:51, heure de Moscou
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© Collage : La Voix de la Russie
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A force d’avoir trop de conscience politique dans un univers bloqué par la censure et le culte du politiquement correct, les Français sont devenus tatillons. Tatillons ou peureux. Lorsque j’appelle des proches résidant en Bretagne pour leur parler politique, la conversation s’achève pour le moins prématurément. Les gens se sentent terrorisés par le simple fait de raisonner autrement que ne le prescrit l’ordre établi. Effet inverse pour la Russie : allez-donc contacter un Russe moyen de la banlieue moscovite en lui demandant son avis sur le régime Poutine, vous verrez, il sera intarissable, cela, fort naturellement, dans un sens assez critique. Après soixante-dix ans de huis clos, qui ne se sentirait pas tenté par des parfums d’anarchisme à la Pierre Kropotkine ? L’enfermement idéologique qu’avait vécu alors la Russie correspond en un certain sens à celui que vit la France à l’heure actuelle. Y-aura-t-il, tôt ou tard, un magistral revers de manivelle qui, à la suite de graves perturbations dans le pays, pourrait conduire au renversement non pas seulement du gouvernement, mais du modèle républicain en tant que tel ? On aurait du mal à l’imaginer. C’est pourtant ce que semble envisager M. Olivier Tournafond, agrégé de droit, professeur à Paris XII, membre du mouvement royaliste.
Selon lui, la loi ne reflète pas la volonté de la majorité puisque, d’une part, nous choisissons entre des modèles prédéterminés par des élites dont nous méconnaissons les desseins, de l’autre, la volonté populaire est aliénée par des motifs aléatoires (je vote pour un tel parce que la couleur de sa cravate m’inspire) ainsi que par un taux d’abstention variable. Comment construire une société aspirant à l’idéal dans de si tristes conditions, s’interroge M. Tournafond ? Tout en partageant partiellement sa vision sur l’illusionnisme du suffrage universel, je peine à comprendre comment est-ce qu’une monarchie, même constitutionnelle, pourrait libérer les sociétés de leurs fourvoiements traditionnels.
Bien entendu, il fut des rois modèles qui, à proprement parler, ont construit la France. Je repense à notre Saint Louis, à François I, à Henri IV des Navarre. J’avoue avoir des frissons en passant devant la basilique Saint-Denis, berceau de la chrétienté, nécropole où reposent nos rois. Mais il ne faudrait pas oublier non plus que ceux qui se sont attardés leur vie durant sur le trône étaient parfois de véritables monstres dont on ne pouvait se défaire licitement. Les qualités personnelles de Philipe le Bel donnent la chair de poule au même titre que celles de Louis XI. Que dire de Charles VII, roi sans conteste lâche qui n’aurait jamais été sacré sans l’intercession de Jeanne d’Arc ? Que dire de Charles VI le Fol dont les accès de schizophrénie atypique (ou était-ce le résultat d’unions consanguines accumulées) ne l’empêchèrent pourtant pas de gouverner ?
Tout problème ayant toujours au moins de niveaux de perception, le fameux choc des civilisations dont l’Europe – et la France semble en tête – souffre actuellement va de pair avec le choc des sociétés, enivrées par un égalitarisme qui n’aurait en fait aucune réalité, séduites par une liberté de conscience à tel point restreinte qu’elle ne semble exister dans l’état que nous lui connaissons que pour donner le change. Le système monarchique, serait-il porteur de valeurs plus saines, plus acceptables dans une version probablement réformée ? Voici le point de vue de M. Tournafond :
LVdlR. « Olivier, est-ce que vous pourriez nous présenter votre cheval de bataille ? Quels seraient les avantages et les inconvénients du modèle monarchique par rapport au modèle parlementaire classique ?
Olivier Tournafond. La monarchie présente une différence très importante avec la démocratie. C’est que la monarchie est un système naturel qui est fondé sur l’autorité d’un homme ou d’une famille et, en dessous, d’une élite qu’on appelle la noblesse, l’aristocratie, c’est-à-dire les meilleurs. On obtient donc une sorte de pyramide et puis on dérive ensuite au peuple qui a bien sûr des droits. C’est un système qui existe donc depuis la nuit des temps, qui correspond à l’essence des mœurs humaines, qui est un système profondément naturel puisqu’il est basé sur à peu près les mêmes principes que la famille en tant que telle. La démocratie est quant à elle un système beaucoup plus artificiel puisqu’elle repose sur une fiction qui s’appelle la fiction de la volonté générale. Il s’agit bien d’une fiction parce que la volonté générale n’a aucune existence réelle. C’est un peu comme une sorte de succession à la divinité mais en version laïque. Alors vous constatez que partout dans le monde, il y a toujours des minorités, des majorités, des gens indécis, donc, des abstentionnistes, des gens qui changent d’avis … ainsi, la volonté générale est bel et bien une fiction. L’inconvénient des systèmes fondés sur des fictions, c’est qu’ils peuvent fonctionner pendant un certain nombre d’années mais ils se détraquent à la longue. Ils tombent, tout bonnement, et c’est d’ailleurs exactement ce qui est en train de se produire en Europe Occidentale et même, à la rigueur, aux USA où le régime dérive de plus en plus et tend à se transformer en oligarchie, c’est-à-dire le règne du petit nombre. La différence entre l’oligarchie et l’aristocratie, c’est que les premiers gouvernent dans leur intérêt personnel, c’est la loi du plus fort, alors que les deuxièmes obéissent à une transcendance. Cela correspond à l’adage ancien « noblesse oblige ». On doit servir l’intérêt général, c’est-à-dire le bien commun. On doit servir Dieu, le peuple … ce principe est à la base tout à fait différent de ce qui se fait aujourd’hui. Les systèmes de démocratie parlementaire qui ont chassé la monarchie au moment de la révolution industrielle sont à présent en crise parce que le régime, étant fondé sur un postulat artificiel, se détraque progressivement. Il n’y en a qu’un seul qui échappe à cette dérive, c’est la Suisse, parce que c’est une démocratie directe. L’idée de volonté populaire y correspond davantage à une réalité, alors que chez nous il n’y a rien d’autre que de l’artifice. En deux mots : la monarchie est un système naturel fondé sur des hommes, la démocratie est un régime idéologique.
LVdlR. Vous dites que le pouvoir légitime est celui qui est au carrefour de la compétence, de la majorité et de la tradition. De ce point de vue la monarchie correspond assez bien à cet équilibre, la reine d’Angleterre, le roi Mohamed VI, etc. étant des souverains légitimes. Partant de cette thèse que vous énoncez dans l’un de vos articles, il faudrait supposer que l’Angleterre qui est quand même une monarchie se porte mieux que la France républicaine, pourtant, le RU est en situation fort délicate, partageant, mais de façon encore plus graves, les problèmes internes de notre pays.
Olivier Tournafond. Votre objection est tout à fait juste. D’ailleurs, il ne faut pas oublier aussi que l’Angleterre est une démocratie couronnée. Elle n’est pas une monarchie véritable, la reine d’Angleterre ayant des pouvoirs très restreints. Je pense par ailleurs que l’avantage de l’Angleterre, c’est que, primo, on évite tous les cinq ans des élections extrêmement coûteuses qui donnent lieu à un torrent de démagogie et puis, secundo, il y a une personne qui incarne la continuité de l’Etat. Cela étant, je suis bien d’accord avec vous, l’Angleterre comme l’Espagne sont des systèmes de démocratie parlementaire avec tous les défauts que cela comporte (…). Pareil pour la Hollande, pour la Norvège, pour le Danemark. Il y a cette figure titulaire du roi qui est très aimée et qui crée un ciment social. Ah oui ! La Belgique ! Je vous ferais observer que s’il n’y avait pas eu le droit des Belges, la Belgique aurait explosée en deux morceaux : la Flandre et la Wallonie. Donc, c’est bien le roi qui a réussi à maintenir la cohésion de l’ensemble. Il en ressort que la monarchie est quand même un facteur de stabilité. Cela étant, aucune construction humaine n’est parfaite ».
Sans partager les convictions monarchiques de M. Tournafond, je me surprends à approuver les axes clés de sa réflexion. Lassée de ce que certains désignent éloquemment comme l’ordre sclérosant nourri en intraveineuse par la substance visqueuse du politiquement correct, lassée d’entretenir de crapuleuses oligarchies aux aspirations profondément égocentriques, la société a besoin d’oxygène. Seulement voilà : à ses heures lointaines, la démocratie parlementaire, héritière des Lumières, étaient fondées sur de bien bonnes intentions. Puis elle dégrada, la vertu n’étant pas une qualité institutionnalisable. Je doute que la monarchie constitutionnelle fasse exception s’il arrive un jour qu’elle soit réadoptée. Pourquoi, dans ces conditions-là, ne pas s’arrêter sur le modèle suisse de démocratie directe ? Mais justement ! Dès lors que ce modèle serait introduit en France, le gouvernement de vigueur pourrait aussitôt faire ses valises.
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Chiron