Bruno Jérôme : On a remarqué des instituts qui penchaient véritablement pour certains candidats ou blocs politiques.
Par exemple, on note que Jean-Luc Mélenchon a été majoré par les instituts CSA et TNS Sofres. L’IFOP ou Opinionway avaient tendance à plutôt le minorer. L’observation est plus nette pour les deux principaux candidats. On a vu que BVA et TNS avaient une véritable tendance à majorer François Hollande et que Opinionway et Harris Interactive, voire l’IFOP, avaient au contraire tendance à minorer le candidat socialiste.
Il est extrêmement délicat d’être totalement affirmatif sur le fait que ces instituts roulent pour un candidat ou un autre. Il faudrait regarder à ce moment-là les relations qui existent entre les sondeurs et leurs clients, médias et politiques.
Mais notre constat empirique montre tout de même un biais systématique de 6 instituts sur 8. On a également observé que certains instituts avaient littéralement changé de comportement en cours de route. Pendant trois mois, CSA avait tendance à majorer Nicolas Sarkozy et, au dernier moment, ils se sont mis à le minorer. TNS Sofres a eu exactement le même comportement. Il y a donc un mimétisme entre certains instituts.
L’institut qui majore le plus est BVA. Sofres et Ipsos ont également tendance à sur-majorer ou minorer des candidats. Les bons élèves seraient plutôt Opinionway, Harris Interactive ou l’Ifop.
Il s’agit d’un modèle statistique qui est fait sur des séries de données très longues (sur la 5ème République). Nous ne mesurons pas des intentions de vote mais des facteurs qui pourraient statistiquement impacter le vote. Nous prenons principalement en compte le taux de chômage, la variable clé en France depuis 1974. Ensuite, nous évaluons la crédibilité et la popularité de l’exécutif. La popularité, retravaillée et réinterprétée, est un indicateur qui nous permet de déterminer le socle de crédibilité de l’exécutif. Les tests empiriques qui ont été faits sur l'indicateur de popularité montrent que l’économie à court terme représente au minimum 50% de ce dernier.
Nous obtenons le chiffre de 50,2% pour Nicolas Sarkozy au second tour. Il est important de noter que le modèle place la droite en tête depuis octobre 2010, date à laquelle le chômage a commencé à s’améliorer avant de se dégrader à nouveau à la fin de l’année 2011.
Nous ne toucherons pas à nos prédictions. En réalité, nous modélisons également le second tour. Nous transformons les voix du premier tour en voix de second tour mais notre formule de transformation est purement politique. Elle prend en compte les grands rapports de force sous la 5ème République, la déperdition des voix entre les blocs dans cette période, les disparités régionales et l’influence et la déperdition du Front national et du Modem sur le bloc de droite. Historiquement, il y a toujours eu une déperdition des voix pour la droite d’un tour à l’autre. Dans ce cas précis, nous avons pris en compte la déperdition moyenne encourue dans les régions à cause du FN et du centre.