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Double visage de la démocartie à l'ère de la mondialisation
Par Hatem Karoui
Ecrivain et journaliste
Il faut au départ ramener le problème de la double démocratie instituée depuis la période coloniale ou démocratie à double vitesse à celle pratiquée par les pays « blancs » coloniaux pour
rabaisser les basanés et les noirs.
Cette situation prévaut dans la période contemporaine au sens large depuis le recul de l’Empire Ottoman et de la civilisation orientale de façon plus générale.
Il est évident que les peuples dominés et colonisés ne devaient plus alors bénéficier du même droit à la démocratie que celui dont disposent les pays occidentaux. Autrement ces derniers ne
pouvaient plus spolier leurs richesses et les acquérir à bas prix.
Pour cela les règles avaient être modifiées. Celle notamment dite « One man, one vote » (Un homme, une voix), ne devait plus avoir cours. Autrement le vote conduisait à une majorité d’élus
reflétant la position des peuples dominés que l’on voulait déposséder de leurs biens. On manipulait alors les règles de scrutin, on admettait aux instances élues comme la Municipalité ou le
Parlement un nombre nommé et limité de représentants du peuple. Ces manipulations sont connues…..
Par la suite quand la colonisation n’a plus été possible, les Etats néocolonialistes et néo-impérialistes utilisèrent d’autres règles :
S’ils ne supprimaient pas systématiquement les élections dans les pays néo-colonisés qu’ils contrôlaient, ils permettaient leur trucage généralisé, ils installaient des dictatures serviles qui
appliquaient leurs consignes et ajoutaient à la terreur physique que risquaient les sujets des monarques fantoches ou les citoyens des républiques bananières une forme d’intimidation
mentale…Torture physique et liquidation pour les fortes têtes et manœuvres de harcèlement pour les récalcitrants à l’ordre imposé.
La presse était naturellement aussi aux ordres. Ce système pavlovien se répandait et instillait dans l’inconscient des êtres gouvernés un mécanisme de punition pour les révoltés et un autre
de récompense pour les obéissants. En fait la récompense était la promesse de ne pas être inquiété, de vivre soi-même et les membres de la famille une vie végétative tranquille. Avoir son salaire à
la fin du mois, manger, boire et assurer les besoins instinctifs…Mais en fait une partie du cerveau ne fonctionnait pas…Celle du libre arbitre…de la réflexion…et on était assimilé davantage à une
bête qu’à un être humain… On introduisait pour davantage contrôler l’individu la religion…En soi la religion n’est pas répréhensible car elle dégage une spiritualité mais quand cette dernière
est elle-même instrumentalisée pour augmenter l’obéissance et empêcher la contestation par la provocation de la peur de l’enfer et de la punition de Dieu elle est contreproductive. Dieu est en fait
l’ami, le conseiller et le bienfaiteur de l’homme et ne doit pas être utilisé à tout bout de champ par le Prince ou le gouvernant pour faire peur, sinon cela devient suspect.
Ce mécanisme a fait des membres des populations opprimées des sous-hommes, des êtres de seconde zone…Dans le système de domination imposé on les oblige à se sous-estimer, à se dévaluer pour
espérer être reconnus.
Le plus surprenant cependant est qu’avec la mondialisation, même les justiciables des pays traditionnellement dominants voient l’espace de leurs droits se rétrécir notamment en raison de la
manipulation à une large échelle des Mass média…L’individu devient surveillé, contrôlé et toute variation de son psyché entraîne des correctifs.
La double démocratie se transforme en règle universelle par l’établissement d’une double vérité : celle des riches et celles des pauvres.
Car au fond que vaut un débat à la télévision si à la base il est biaisé ? Que vaut l’avis des autres si on ne leur octroie pas la liberté de s’exprimer ?
Ceux qui n’acceptent pas la vérité travestie sont alors marginalisés, isolés, considérés comme aliénés et écartés.
Où est alors notre libre arbitre ? Notre sentiment d’appartenance à une véritable humanité qui choisit son avenir et le détermine ?
Il est alors vrai de dire que l’on ne doit pas continuellement rechercher un alibi à notre lâcheté atavique et que notre prise de conscience devrait amener à accepter le combat au lieu de
continuer à esquiver éternellement.
Chacun de nous attend le plus courageux pour avancer. Il risque quelquefois une tête mais est rapidement déçu et en plus il ne veut pas se donner en spectacle de martyr en recevant la correction ou
la bastonnade ! On se dit que ce régime de démocratie est meilleur qu’un autre car il est apparemment non violent. Mais en fait il dégage une violence souterraine qui fait peur. Mais combien de
temps encore allons-nous continuer à avoir peur ? Chacun de nous a une famille qu’il ne veut pas sacrifier. Il ne veut pas que son fils ou sa fille dise qu’il les a abandonnés. Pourtant ses enfants
devraient être reconnaissants à leur père de résister comme un homme car en se sacrifiant et en les sacrifiant il vivra pour l’éternité…Mais a-t-il envie de cette éternité-là… En
définitive il faut partir de l’idée que l’homme ne peut pas se surpasser sans donner une véritable sens à son existence…Il doit relativiser l’apport des richesses matérielles dont il dispose…Dire
que son passage sur terre relève d’une mission qu’il doit accomplir…Et ne pas avoir peur de militer pour une cause qui donnera bien plus un sens aussi bien à sa vie qu’à sa mort.
H.K
Source alterinfo:
http://www.alterinfo.net/Double-visage-de-la-democratie-a-l-ere-de-la-mondialisation_a37751.html
Chiron