Des milliers de policiers manifestent en France pour dénoncer la "culture du chiffre" instaurée par Nicolas Sarkozy et la baisse des effectifs sur fond de tensions dans les banlieues. Lire la suite l'article
Cette mobilisation tombe mal pour le chef de l'Etat, qui a relancé le thème de la sécurité et de l'immigration à l'approche des élections régionales de mars prochain.
A l'appel de l'Union SGP-Unité police, principal syndicat de gardiens de la paix, les manifestants ont distribué des tracts devant les gares et les préfectures pour alerter l'opinion sur "l'entreprise de démolition du service public police nationale."
A Paris, des centaines de policiers devaient se rassembler à la mi-journée au métro Bercy, sous les fenêtres du ministère de l'Economie et du Budget.
Le collectif "Banlieues respect", qui regroupe des associations impliquées dans l'action au sein des quartiers sensibles, s'est réjoui de cette mobilisation policière.
"La remise en cause de cette 'culture du résultat' dans la police par un syndicat nous semble être un événement important afin d'éviter l'aggravation des tensions et d'améliorer les rapports dans les banlieues", écrit-il dans un communiqué.
"La coupe est pleine. Les policiers sont les premières victimes de la 'religion du chiffre', des discours politiques bien trop éloignés de la réalité, d'une exposition permanente aux violences", assure pour sa part Nicolas Comte, secrétaire général du syndicat.
Le syndicaliste dénonce en outre la baisse des effectifs décidée par le gouvernement dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP).
DES MILICES DANS LES QUARTIERS ?
En pleine polémique sur les gardes à vue, qui se multiplient sous la pression de la hiérarchie, elle-même soumise à la culture des statistiques, les policiers se plaignent de devoir fournir toujours plus de résultats sans que les moyens suivent.
A Toulouse, près de 400 policiers ont anticipé la mobilisation en se réunissant mercredi devant le commissariat central. Des distributions de tracts et rassemblements ont eu lieu jeudi à Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, Brest et Strasbourg, notamment, selon l'Union SGP-Unité police.
La "Lettre aux citoyens" distribuée dans les gares souligne qu'en 2004, un accord signé par les syndicats prévoyait 108.000 postes de gradés et gardiens en 2012. Or, selon le syndicat, les effectifs seront ramenés à 100.000 policiers en 2012.
Au problème des effectifs et à la pression des résultats, s'ajoute la question des salaires. Les policiers estiment qu'ils sont poussés à prendre de plus en plus de risques alors que les salaires sont bloqués depuis des années.
Nicolas Sarkozy a récemment appelé le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, à redresser la barre après un premier semestre montrant que la délinquance cessait de baisser, contrairement aux années précédentes.
Il s'est rendu le 24 novembre en région parisienne où il a prôné notamment le développement de la vidéosurveillance et le recrutement de réservistes expérimentés comme délégués à la cohésion "police-population".
"Des habitants dont je veux engager le recrutement pour qu'ils s'impliquent dans la sécurité de leur propre quartier", a indiqué le chef de l'Etat.
Pour Jean-Luc Mélenchon, président du Parti de gauche, il s'agirait là "de véritables milices" inspirées des "chemises jaunes" italiennes. Un projet contraire, selon lui, aux principes républicains et dangereux pour les libertés publiques.
Edité par Gilles Trequesser