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Par Chiron
Bonjour !
Les Russes essaient de renouer avec un passé impérial et les fastes du royaume des tsars. On vient d’apprendre l’apparition en Russie d’une nouvelle médaille attribuée au meilleur flic de l’année selon les résultats d’un concours annuel. Et le plus intéressant que cette prime et la médaille portent le nom du dernier chef de la police criminelle russe – Arkady Kochko.
Il se trouve que son arrière petit-fils est notre correspondant permanent et nous avons tenu à l’interroger à quoi cela est-il dû. S’agit-il d’une mode du passé tsariste ou d’un effort de faire revivre l’époque d’antan.
La Voix de la Russie. Dimitri de Kochko, vous êtes vous-même une personnalité bien connue au niveau international et, en particulier, dans les relations franco-russes. Descendant des Russes blancs, vous êtes un journaliste de grande renommée. Fondateur de la prime « Russophonie », vous menez tambour battant une campagne acharnée pour la reconnaissance du russe comme langue de l’UE. Enfin vous êtes Président de l’Association « France-Oural ». Le bon sang ne saurait mentir, car votre arrière grand-père a été à la tête de la police criminelle de l’Empire Russe. Et le Ministère de l’Intérieur de la Fédération de Russie vient d’instituer une prime et une médaille en l’honneur de votre aïeul. Le saviez-vous ?
Dimitri de Kochko. A vrai dire, non ! C’est effectivement mon arrière-grand-père. Il a été surnommé le Sherlock Holmes russe. Pourquoi ? Parce que, quand il a commandé la police de Moscou, avant de prendre le commandement de toute la police judiciaire de l’Empire, les performances de la police criminelle qui se calculent en nombre de crime découverts, ont été les premiers au monde. En 1913, il y a eu un congrès de la police criminelle internationale en Suisse. C’est là que la police de Moscou a reçu la médaille parce que c’est celle qui avait les meilleurs taux de découvertes de crimes et assassinats. Il a eu son surnom aussi pour une autre raison. C’est qu’il a inventé un nouveau système de classification des empreintes digitales. Et ce système a été adopté par Scotland Yard.
Ce qui a valu d’ailleurs que quand il a été obligé d’émigrer à cause de la Révolution et il s’est retrouvé à Constantinople où les Anglais lui ont donné une licence pour qu’il puisse devenir détective privé. Et ensuite cela n’a pas beaucoup plu à Kemal Atatürk qui l’a prié à dégager le terrain parce que notamment il avait commencé à avoir des enquêtes qui risquaient d’être embarrassantes pour les Jeunes Turcs. Et il a été obligé de partir en France. Et en France les Anglais lui ont proposé d’aller en Angleterre travailler pour Scotland Yard mais à condition de prendre la nationalité britannique. Ce qu’il a refusé de faire estimant qu’il était Russe et voulait rester Russe.
La Voix de la Russie. On a bien compris que c’était un homme qui sortait du commun. Qui n’était pas seulement un haut fonctionnaire d’Etat. Il semble avoir beaucoup contribué au développement de son art…
Dimitri de Kochko. On peut dire que lui, il est devenu flic par vocation. Mais c’était très mal vu dans la famille quand même ! Il était d’une famille de noblesse et la police n’était pas franchement un métier qui était très bien vu dans ces milieux-là ! 0n ne considérait pas cela comme un métier noble. Il a été d’abord officier comme tous les jeunes gens de son milieu. Mais il s’embêtait dans l’armée. Quand il a été affecté en caserne, il a démissionné et est parti à Riga en rompant presqu’avec toute sa famille, sauf son frère qui a fait plus ou moins la même chose d’ailleurs et qui a fini en étant, lui, gouverneur. A Riga il a commencé sa carrière de flic de base : d’inspecteur-enquêteur ! Mais comme il était d’une formation évidemment qui était rare dans la police de l’époque, il a progressé assez vite. Au bout de deux ans, il a été chef de la police de Riga. Et il a fini chef de la police criminelle de tout l’Empire. Et il a écrit des mémoires là-dessus. D’abord publiées en France, elles étaient ensuite éditées en Russie avec des éditions pirates à partir des années 90. Du coup il est connu ce qui explique la création de cette médaille. Il y a eu d’abord une médaille commémorative qui a été créée par une Association d’anciens des services de police créé il y a déjà quelques années. Et il m’en ont remis une en grande pompe. Et maintenant c’est le Ministère qui reprend l’idée de la médaille qui est effectivement une gloire pour la police criminelle russe.
La Voix de la Russie. L’initiative vient de la police criminelle de Novgorod. Qui plus est, le meilleur officier-enquêteur recevra une prime en sonnant et trébuchant, un drapeau de premier classé jusqu’au prochain concours dans un an et une médaille frappée à l’effigie de votre aïeul. Est-ce que, d’après vous, cela témoigne du désir de la Fédération de Russie de se rapprocher de ses origines tsaristes de l’Empire russe ?
Dimitri de Kochko. Il y a cette tendance-là qui existe dans la Russie d’aujourd’hui. Il y a une nouvelle bourgeoisie, une nouvelle élite qui a tendance à rechercher une certaine légitimité dans l’histoire prérévolutionnaire et donc dans le régime autocratique tsariste. Mon arrière-grand-père était évidemment quelqu’un qui servait le régime tsariste. Mais au niveau de ses mémoires et des récits de ma grand-mère, c’était quand même quelqu’un qui avait une sensibilité sociale très forte. Il voyait aussi les aspects les plus négatifs de la société.
Deuxième point c’est l’aspect professionnel. C’est qu’il y a eu quand même une rupture de la profession et de recherche qui s’était faite après la révolution. En fait la police criminelle a été dissoute et la police a été réduite à une portion congrue. Il ne faut pas croire qu’à l’époque tsariste tout roulait facilement. Je sais que mon arrière-grand-père était quelqu’un qui s’opposait assez fréquemment à la police politique qui ne travaillait pas sur les critères techniques et objectifs.
Si cette médaille signifie une volonté de meilleure professionnalisation de la police d’aujourd’hui en Russie, ma foi, on ne peut que saluer la chose. Parce que l’arrière grand-père quand il a été nommé chef de police de Moscou, c’était parce que la police de Moscou était terriblement corrompue et était terriblement inefficace. Alors je me suis laissé dire par certains policiers d’aujourd’hui que cela revêtait une certaine actualité pour aujourd’hui. »
Ainsi nous voyons bien que l’Intérieur russe fait l’impossible pour purger l’administration du Ministère et au nom des traditions des temps jadis, rappeler aux policiers russes leur rôle. Puissent сes efforts rapporter leurs fruits !
Lien : http://french.ruvr.ru/radio_broadcast/74538918/90601699.html
Chiron
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8.10.2012, 20:16
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